24 Août 2020 / Manno Charlemagne : Ayiti pa forè

10 septembre 2020

2020

Chers amis méli-mélomanes,
 
A votre avis, quel est le monument français le plus connu des Haïtiens? La Tour Eiffel? Notre-Dame? Le Château de Versailles? Que nenni! Il s’agit du Fort de Joux, près de Pontarlier où mourut le 7 Avril 1803 Toussaint Louverture! Il faut dire que le pauvre n’a pas résisté au choc thermique quand il a été incarcéré tout un hiver  dans sa froide cellule doubiste…Ce héros de l’indépendance de l’actuelle Haïti, esclave affranchi, a été un des chefs de file de l’insurrection des esclaves du 23 août 1791 à Saint-Domingue. C’est depuis 1998 que l’UNESCO a proclamé le 23 août « Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition ».
 
Occasion pour nous de (re)découvrir un chanteur engagé haïtien, Manno Charlemagne (1948 – 2017) qui vécut en exil dans les années 80 parce que pas très copain avec la dynastie Duvalier. Connaissant la prison, la torture et les différentes exactions des Tontons Macoutes dès le début des années 60, il se forge une culture politique en lisant Gorki et Gramsci. Côté musique, il apprend la guitare, se tourne vers les musiques traditionnelles dignes des troubadours haïtiens. En 1978, il enregistre son premier album de chansons  »angaje » (engagées), Manno et Marco. Tellement engagées qu’il finit par êtres dégagé par Baby Doc Duvalier. Il reviendra à Port-au-Prince en 1986, après la mort du dictateur. En 1991, il devient conseiller du nouveau président Aristide mais sera contraint de s’exiler une nouvelle fois pour Miami à la suite du coup d’état. Il revient en 1994 et est élu maire de Port-au-Prince en 1995. Ce qu’il a considéré comme une erreur. Un bon artiste ne fait pas forcément un maire populaire. N’est pas Yves Duteil qui veut.  Bref, Manno a fini sa vie à Miami au « Tap Tap », restaurant haïtien dans le sud de la ville, qui était aussi son studio d’enregistrement et sa salle de concert, comme en 2010, en soutien aux victimes du tremblement de terre.
 
Ecoutons donc « Ayiti pa forè » (Haïti n’est pas une jungle), extrait de son album « Organizasyon Mondyal » (1988). Cela nous fera entendre un peu de créole. Ce n’est plus France Ô qui pourra nous en offrir.
 
Bonne semaine à vous tous,et bon retour au chagrin pour ceux dont les vacances ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir. 
 
Gabrielle.
 
Image de prévisualisation YouTube

Texte original :

Si Ayiti pa forè, ou jwenn tout bèt ladan?
Ou jwenn lyon, ou jwenn tig,
Ou jwenn chat, ou jwenn rat,
Ou jwenn menm leopa!
Ki leopa s’ou-plé?
Yon bann fòv mal maske.
Si gen nimpòt ti-bri, ti-bri tankou latòti,
Leopa pran kouri, wi!

Lè ou fè sa ma pè ou, paske ou se makout!
Ou konprann ou ka kraponen mwen.
Ou rale ouzi-ou, mwen rilax sou ou !
Ou rale baton gayak-la, mwen bi koul sou ou !

Traduction :

Si Haïti n’est pas une jungle, alors pourquoi trouve-t’on toutes ces bêtes ?
Tu trouves des lions et des tigres,
Tu trouves des chats et des rats,
Tu trouves même des léopards !
De quels léopards parles-tu ?
D’un groupe de mauvais garçons masqués.
Le moindre petit bruit, comme à la tortue,
Les léopards courent loin, oui !

Tu crois pouvoir me faire peur, parce que tu es un macoute !
Tu crois pouvoir m’intimider.
Tu sors ton « ouzi-ou », ça ne me touche pas!
Tu sors ta matraque, je reste cool

À propos de gabygaby39

Un peu de poésie dans un monde de brutes, quelques vers pour voir le monde autrement et surtout par le trou de notre nombril, des jeux sur les sons et les sens pour créer l'impossible, bref pour rompre notre accoutumance qui rend la réalité invisible...

Voir tous les articles de gabygaby39

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

BBS JAZZ |
Thecdqp |
Lafabrikenmusik |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Production du cabanon
| Lamineur
| Frazz