02 Août 2020 / Pigalle : Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs

10 septembre 2020

2020

Chers méli-mélomanes,
 
Tout change, tout fout l’camp, on est plus sûrs de rien, on nous cache tout…
 
L’autre jour, je suis passée à Paris Rue des Archives où se tenait mon QG à la fin du siècle dernier. Hormis le temple protestant, tout a changé et je n’ai pas retrouvé le petit restaurant chinois qui proposait des menus à 38 Francs. Une boutique de haute-couture l’a remplacé. Le quartier entier accueille des magasins de luxe d’une part, et d’autre part, s’est mis aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT. Très joli, très coloré, très gai.Et à propos de gay, notons que la place sur laquelle donnait ma fenêtre d’étudiante s’appelle maintenant « Place Harvey Milk ».
 
Changeons d’arrondissement. Pendant que les villes étaient en campagne, ma militante et candidate héritière me dit un jour: « Devine qui j’ai croisé dans la Rue des Martyrs? Cédric Villani! » Et dire que la Rue des Martyrs évoquait pour moi un lieu de débauche, une rue interlope, des bars mal-famés, de luxure et de perdition… mais voilà la gentrification est passée par là, les masses populaires ont franchi le périphérique, et on n’ y retrouve que des magasins bio -bobos!
 
Arrêtons-nous donc dans cette rue pour nous poser la seule question qui vaille: qui sont les martyrs ? Il s’agit de Denis et de ses deux compagnons, Rustique et Eleuthère, qui voulurent construire une basilique vers 250 ap. JC sur le Mont Martre, mais les Romains remarquèrent leur petit manège, et hop! ils furent décapités comme de vulgaires révolutionnaires.
 
Sachez pêle-mêle que c’est dans cette rue que naquit Claude Lelouch, que résidèrent Maurice Ravel, Paul Léautaud et François Truffaut et que Géricault  eut un atelier et Michou son cabaret. Je n’ouvrirai pas la porte des maisons closes mais je ne doute pas qu’elles doivent regorger d’anecdotes croustillantes.
 
Un autre dimanche, je vous parlerai de la Rue Saint-Vincent, de la Rue des Blancs-manteaux  ou de la Rue de Lappe. En attendant, je vous laisse aux griffes de François Hadji-Lazaro (né en 1956) dont la voix éraillée et rocailleuse vous plongera dans les bas-fonds de la Rue des Martyrs, telle qu’elle était il y a 30 ans…
 
Bonne écoute, et bonne semaine!
 
Gabrielle.
 
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Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
Y a des filles de nuit qu’attendent le jour en vendant du
plaisir
Y a des ivrognes qui s’épanchent au bar
Qui glissent lentement le long du comptoir par terre

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
Le patron a un flingue pour l’ingénu qu’en voudrait à la
tirelire
Dans les chiottes les mots gravés sur les murs
Parlent de sexes géants d’amours et d’ordures ensemble

Ici chacun douc’ment oublie l’ombre d’une vie passée d’une
femme de décombres
Dans ce cliché funèbre on cherche l’oubli d’un parfum
d’une voix
On éteint l’impact encore brûlant de lèvres entrouvertes
humides et douces

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
Certains soirs tout à coup dans un coin on s’arrête de
rire
Et quand brusquement les lames sortent tout l’monde dégage
Se jette sur la porte en verre

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
Y a des seringues vidées goulûment dans des bras sans
av’nir
Ici la dope c’est à la poignée
Les p’tites cuillères servent que rar’ment pour le café

Ici chacun douc’ment oublie l’ombre d’une vie passée d’une
femme de décombres
Dans ce cliché funèbre on cherche l’oubli d’un parfum
d’une voix
On éteint l’impact encore brûlant de lèvres entrouvertes
humides et douces

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
Y a des vieux gars tatoués partout qui racontent leurs
souvenirs
Y a des voyageurs tristes pardessus et valises
Y a des bookmakers qui ramassent les mises la nuit

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
On peut tout ach’ter tout vendre le meilleur et le pire
Une vieille clocharde la gueule défoncée
Rentre avec sa poussette et se met à gueuler à boire

Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs …

À propos de gabygaby39

Un peu de poésie dans un monde de brutes, quelques vers pour voir le monde autrement et surtout par le trou de notre nombril, des jeux sur les sons et les sens pour créer l'impossible, bref pour rompre notre accoutumance qui rend la réalité invisible...

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